Première phase au Sénégal
Bonjour à tous,
Je suis très heureuse de m'adresser à vous aujourd'hui au sujet du projet « Vogue Africaine », car pour nous, ce projet représente bien plus qu'un simple programme d'activités ou qu'un projet créatif.
Ce projet a permis de créer un espace dédié au travail, à la formation, à la mise en place de structures et à la coopération dans le domaine du théâtre pour le jeune public en Afrique de l'Ouest.
Avant d'entrer dans les détails concernant les mesures prises au Sénégal, je voudrais commencer par souligner un point important.
Dans plusieurs de nos ASSITEJ centres d’Afrique de l’Ouest, il y avait déjà des artistes, des aspirations, des idées et des besoins très forts en matière de création destinée aux enfants et aux jeunes. Mais ce qui manquait souvent, c’étaient les moyens concrets de transformer ces aspirations en projets.
Les ressources financières étaient rares, voire inexistantes ; les cadres de travail étaient peu nombreux ; les possibilités de formation étaient limitées et, dans certains cas, ASSITEJ des centres existaient sur le papier mais n’avaient pas réellement la possibilité de prendre leur essor.
Et c'est là que *Vogue Africaine* a joué un rôle extrêmement important.
Pour moi, ce projet a joué le rôle d'un incubateur pour de nouvelles dynamiques dans le théâtre destiné au jeune public en Afrique de l'Ouest.
Je parle d’« incubateur de nouvelles dynamiques » car il ne s’agit pas seulement de soutenir des artistes à titre individuel. Il s’agit également d’aider les centres à redémarrer, de créer des espaces de formation, de stimuler la coopération entre les pays, d’encourager l’émergence de nouveaux projets et, plus largement, de donner une plus grande visibilité au théâtre pour le jeune public dans des contextes où ce secteur est encore bien trop peu soutenu.
Ainsi, lorsque nous évoquons les défis et les objectifs de Vogue Africaine, nous parlons avant tout d’une question de renforcement des capacités: comment permettre aux jeunes artistes, aux équipes et aux centres de développer leurs compétences, leurs projets et leurs collaborations autour du théâtre pour le jeune public ?
Il s'agit également d'une question de structuration du secteur, car ce projet ne se contente pas de soutenir la création artistique : il contribue également à consolider les réseaux, à renouer les liens entre les artistes, à redynamiser ASSITEJ des centres et de créer des liens entre les dimensions artistiques, institutionnelles et éducatives.
Et puis il y a une autre question qui me semble fondamentale : reconnaître le théâtre pour le jeune public comme un domaine artistique à part entière.
Dans de nombreux contextes, la création artistique destinée aux enfants et aux jeunes reste marginalisée, alors même qu’elle aborde des enjeux essentiels : l’accès à la culture, l’éducation artistique, le développement de l’imagination, la citoyenneté, la transmission et la place que nous accordons à l’enfance dans nos sociétés.
Enfin, il y a la question de la coopération régionale. « Vogue Africaine » offre un espace où les artistes, les responsables de centres et les partenaires de plusieurs pays peuvent se rencontrer, partager leurs expériences, confronter leurs réalités et réfléchir ensemble à l'avenir du théâtre pour le jeune public en Afrique de l'Ouest.
Au Sénégal, ce projet revêtait une importance particulière, car il intervenait à un moment où l'ASSITEJ e sénégalaise avait besoin d'un nouvel élan.
Le centre existait, bien sûr, mais il fallait lui redonner un nouvel élan, renouer le contact avec les artistes et retrouver une base, une visibilité et une dynamique collective.
Concrètement, nous avons utilisé *Vogue Africaine* pour faire de cette première phase du projet un levier permettant de relancer *ASSITEJ * Sénégal.
Pour nous, la première étape a débuté en avril.
Nous nous sommes appuyés sur le projet Vogue pour lancer une campagne de communication. Cette campagne avait un double objectif : d’une part, faire connaître le projet ; d’autre part, profiter de cette dynamique pour mieux faire connaître l’ASSITEJ e du Sénégal, rappeler son rôle et inviter de nouvelles entreprises à nous rejoindre.
Cette étape a été très importante, car elle nous a permis d’atteindre un grand nombre d’artistes qui, parfois, ne connaissaient que très peu ASSITEJou n’avaient jamais eu aucun lien avec le centre.
Et cela a eu un impact très concret : de nouvelles entreprises nous ont rejoints, ont réglé leurs cotisations, et nous sommes passés d'une dizaine à une vingtaine d'entreprises membres.
Pour moi, c’est un point essentiel à souligner, car cela montre que « Vogue Africaine » a non seulement permis de lancer un projet artistique, mais aussi de redynamiser l’ASSITEJ e du Sénégal, de l’ouvrir davantage aux artistes et d’élargir sa base d’adhérents.
Puis, en mai, nous avons organisé une session de formation en ligne consacrée à Lambe Lambe.
Nous avons choisi cette forme d'art car elle est au cœur de la création de Vogue Africaine au Sénégal. Il était donc important, avant même d'entamer la phase de résidence, de créer un premier espace de découverte, de transmission et de sensibilisation autour de cette forme d'art.
Cette formation avait plusieurs objectifs : faire découvrir le Lambe Lambe à des artistes qui ne le connaissaient que peu, voire pas du tout, partager des outils, ouvrir de nouvelles perspectives créatives et commencer à constituer une communauté de personnes intéressées par cette aventure.
Là encore, les réactions ont été très encourageantes : 60 personnes ont manifesté leur intérêt pour la formation, et 23 y ont effectivement participé en ligne.
Au-delà des chiffres, cela nous montre qu’au Sénégal, il existe une réelle envie de formation, de découverte et d’expérimentation autour du théâtre pour le jeune public et des formes de création contemporaines.
Dans ce cadre, nous avons lancé un appel à candidatures pour la première phase du projet au Sénégal, à savoir une phase de recherche, de formation et de création au sein de l’ASSITEJ -Sénégal.
L'idée n'était pas simplement de recruter des participants, mais de réunir un groupe de jeunes artistes capables de s'engager dans un processus de travail exigeant, selon des critères précis liés aux besoins du projet.
À l'issue de cet appel à candidatures, 10 jeunes artistes ont été sélectionnés.
C'est d'ailleurs avec ce groupe que nous avons organisé, du 2 au 13 juin, la première phase de résidence au Sénégal.
Cette résidence a constitué un moment très important, car elle a permis de poser les premiers jalons concrets du projet.
C'était une période consacrée à la recherche, à la formation, à l'expérimentation et à la création.
Un moment pour découvrir une forme, pour tester, pour explorer ensemble, pour confronter différents imaginaires, pour travailler en groupe et pour commencer à élaborer une proposition artistique.
Et je pense que c’est là aussi que réside la force de *Vogue Africaine*: ce n’est pas un projet qui se présente avec un résultat déjà tout fait ; c’est un projet qui crée des conditions de travail, laisse le temps à la recherche, soutient les artistes, permet à une équipe de se constituer et donne naissance à une aventure collective.
À ce moment-là, je vous montrerai la vidéo de deux minutes, car elle rend bien mieux compte que les mots de l'énergie qui régnait lors de cette première résidence, de l'engagement des participants et de la manière dont le projet a commencé à prendre forme au Sénégal.
À l'issue de cette première phase de résidence, nous avons poursuivi sur notre lancée avec un autre événement majeur : la rencontre internationale sur le théâtre pour le jeune public, organisée le 16 juin à Dakar.
Cette rencontre s'est déroulée à la fois dans le cadre de Vogue Africaine et à l'occasion de l'inauguration du festival Djaram'Art. Elle a réuni les partenaires du projet, des représentants de plusieurs pays – notamment le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Mali et la Guinée-Bissau – ainsi que des artistes, des acteurs culturels et des institutions sénégalaises, dont le Grand Théâtre National.
L'objectif était de créer un espace de dialogue, de réflexion et de concertation autour des principaux défis auxquels est confronté le théâtre pour le jeune public : la formation, la mobilité, la coopération, la défense des intérêts du secteur, ainsi que la relation entre culture et éducation.
Cette rencontre était importante car elle a montré que « Vogue Africaine » n’est pas seulement un projet de création, mais aussi un projet qui vise à alimenter une réflexion plus large sur le développement du théâtre pour le jeune public dans notre région.
Les débats ont été organisés autour de quatre ateliers principaux.
Le premier portait sur la formation dans le domaine du théâtre pour le jeune public: comment former les artistes et les professionnels, comment transmettre le savoir-faire, quels outils pédagogiques développer et comment renforcer les capacités des organisations culturelles.
Le deuxième atelier était consacré aux réseaux régionaux et internationaux de coopération artistique: mobilité des artistes et des œuvres, coproductions, résidences, mise en place de réseaux, ainsi que coopération Sud-Sud et interafricaine.
Le troisième atelier était consacré au plaidoyer en faveur du développement du théâtre pour le jeune public: comment sensibiliser les décideurs, comment défendre plus efficacement ce secteur, comment faire reconnaître la place du jeune public dans les politiques culturelles, et comment élaborer des arguments et des outils de plaidoyer.
Enfin, le quatrième atelier a porté sur les liens entre culture, société et éducation: éducation artistique et culturelle, inclusion, diversité, rôle des arts dans le développement de l'enfant et coopération entre les institutions culturelles et éducatives.
Pour moi, cette rencontre a vraiment montré que *Vogue Africaine* opère à plusieurs niveaux à la fois :
- au niveau de la création artistique;
- au niveau de la formation;
- au niveau de la mise en place de centres et de réseaux;
- et au niveau de la réflexion politique et stratégique sur le théâtre destiné au jeune public.
Si je devais résumer ce que cette première phase a permis de réaliser au Sénégal, je citerais plusieurs éléments.
Tout d'abord, cela a permis de relancer une dynamique autour de l'ASSITEJ u Sénégal.
D'autre part, cela a permis de faire connaître « ASSITEJ » à un plus grand nombre d'artistes et d'augmenter concrètement le nombre d'entreprises adhérentes.
Cela a également permis de former, de sensibiliser et d'accompagner de jeunes artistes autour d'une forme artistique spécifique, le « Lambe Lambe ».
Cela a permis de réunir un groupe de 10 jeunes artistes engagés dans une première phase de recherche et de création.
Enfin, cela a permis de créer un espace de dialogue régional et international autour des enjeux du théâtre pour le jeune public.
Pour conclure, je dirais donc que « Vogue Africaine » est un projet stratégique, car il ne se contente pas de produire une œuvre d’art : il crée également les conditions nécessaires pour que le théâtre pour jeune public s’implante davantage dans nos pays, au sein de nos réseaux, dans nos institutions et dans nos imaginaires.
Il s'agit d'un projet qui permet aux artistes de se former et de créer.
Il s'agit d'un projet qui permet ASSITEJ aux centres de se structurer et de se renforcer.
Il s'agit d'un projet qui favorise la coopération entre les pays.
Et c'est un projet qui nous rappelle une chose essentielle : les enfants et les jeunes ont droit à des propositions artistiques ambitieuses et exigeantes, ancrées dans nos réalités et portées par des artistes soutenus.
Au Sénégal, cette première phase nous a montré qu’en partant d’un projet artistique, il est également possible de redynamiser un centre, de rassembler des artistes, de créer une dynamique collective et de replacer le théâtre pour le jeune public au cœur de nos priorités.
Et je pense que c'est là que réside la véritable force de *Vogue Africaine*.
Merci.
Mamby Mawine









