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C’est pourquoi le plaidoyer est essentiel. « ASSITEJ International » s’appuie sur un argumentaire fondé sur les droits. En vertu de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, chaque enfant a le droit de participer librement à la vie culturelle et aux arts. Ce droit ne s’amenuise pas lorsque l’économie est en récession. Le financement destiné aux jeunes publics ne doit pas être un simple geste de bonne volonté. Il doit placer les enfants au cœur de ses préoccupations.

Shoaib Iqbal, membre du comité exécutif de l'ASSITEJ e International

C'est le printemps à Tāmaki Makaurau, Auckland. La place Aotea était illuminée de mille feux. Les enfants couraient entre les lumières, sans aucune règle à respecter. Les parents les poursuivaient, puis finissaient par abandonner et se contentaient de les regarder.

Voici « We The Young », un festival pour enfants qui vient de fêter sa deuxième édition. J’y suis allée en tant que spectatrice. En repartant, je me suis mise à réfléchir à la notion d’appartenance.

Quelques instants m’ont particulièrement marqué. Des enfants construisant un univers de lumière, puis s’y glissant. Des enfants faisant la queue devant un isoloir, fabriquant des pancartes et votant avec le plus grand sérieux. Un spectacle de cirque présenté en te reo māori, où je n’ai pas compris chaque mot, mais où j’ai tout compris. Un spectacle de marionnettes se déroulant dans un stand de nouilles, qui parlait de ce qu’on emporte avec soi chez soi.

Rien de tout cela n'est le fruit du hasard. Derrière chaque spectacle, il y a des artistes et des producteurs qui ont choisi ce métier. Ils ont choisi un public qui n'achète pas d'abonnements et n'écrit pas de critiques. Ils ont choisi des gens qui vous diront, en toute honnêteté, quand ils s'ennuient. C'est un choix courageux. Dans de nombreux pays, c'est aussi un choix fragile.

Je connais bien cette fragilité. Pendant des années, j’ai travaillé auprès d’enfants et d’adolescents au Pakistan. Là-bas, comme dans tant d’autres endroits, les arts pour enfants survivaient souvent grâce à la bonne volonté, à de brèves subventions et à l’obstination de quelques personnes. Aotearoa offre un contexte différent, mais les questions restent les mêmes. Qui décide que la culture des enfants a de l’importance ? Dans quel budget est-elle inscrite ? Et lorsque les moyens financiers sont limités, pourquoi les enfants sont-ils si souvent les premiers à en faire les frais ?

C’est pourquoi le plaidoyer est essentiel. «ASSITEJ International » s’appuie sur un argumentaire fondé sur les droits. En vertu de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, chaque enfant a le droit de participer librement à la vie culturelle et aux arts. Ce droit ne s’amenuise pas lorsque l’économie est en récession. Le financement destiné aux jeunes publics ne doit pas se limiter à un simple geste de bonne volonté. Il doit placer les enfants au cœur de ses préoccupations.

En regardant ces émissions, je n’arrêtais pas de penser à chez moi. Ou plutôt, à mes chez-moi. Au Pakistan, le sentiment d’appartenance m’était inné : une langue, un quartier, une saison de fêtes. À Auckland, c’est quelque chose que je suis encore en train d’apprendre. Ça se manifeste par de petits moments. Un enfant qui rit de la même blague que moi. Un mot en te reo māori que je reconnais désormais.

J'ai appris que le sentiment d'appartenance peut prendre de nombreuses formes. Il peut être hérité. Il peut être choisi. Il peut être offert par un inconnu. Ce qui ne change pas, c'est notre besoin d'appartenance.

ASSITEJ repose sur ce besoin. Nous sommes des centres nationaux, des réseaux et des artistes travaillant dans des conditions très différentes. Certains d’entre nous disposent de salles et organisent des festivals. D’autres n’ont qu’une salle empruntée et beaucoup d’espoir. Pourtant, où que nous exercions nos activités, nous partageons les mêmes valeurs. Nous sommes convaincus que les enfants sont des citoyens culturels dès aujourd’hui, et non pas demain.

En tant que membre du Comité exécutif, c’est ce que je trouve le plus gratifiant. Je constate que l’impact se mesure de multiples façons et qu’il se construit à partir de ressources très variées. Une installation gratuite sur une place de ville. Un spectacle de marionnettes dans la salle de récréation d’une école. Une réunion de réseau réunissant des participants de différents fuseaux horaires. Chacune de ces initiatives compte, et chacune nous apprend quelque chose à tous.

L'année prochaine, nous nous réunirons à Suwon, en Corée du Sud, à l'occasion du Congrès mondial de l'ASSITEJ , qui se tiendra du 21 juillet au 1er août 2027. La participation des enfants sera l'un des thèmes centraux de cet événement. Je penserai à ces enfants qui se sont rendus aux urnes à Auckland. Eux, ils savent déjà ce que signifie « participer ».

Le festival d'Auckland est désormais terminé. Les lumières d'Aotea Square ont été rangées. Mais je repense encore à cet enfant qui expliquait les règles d'un jeu qui n'en avait pas, tandis que tout le monde autour de lui l'écoutait.

Pour moi, c'est ça, le sentiment d'appartenance.

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